Retour sur Maroussia Vossen et Métamorphoses qui a eu lieu le 20 mars 2018 au Centre Mandapa



La compagnie A Fleur de Pas a présenté le mardi  20 mars Métamorphoses avec Maroussia Vossen, danseuse et chorégraphe qui m’est chère, Catherine Perrotte, comédienne, et Philippe Arrieus, musicien – Onde Martenot. La création lumière a été orchestrée avec brio par Vincent Tudoce, la sobriété n’excluait en rien la finesse de son accompagnement sensible.


Le propos annoncé est celui-ci : « Notre corps est dans l’immensité du monde. Comme lui, il est traversé de flux et de reflux, de transformations, de renoncements et d’élans vitaux.

Ces métamorphoses, nous les apprivoisons tout au long de la vie pour mieux éclore à nous-mêmes et au monde, dans un mouvement continu. 

Une danseuse, un musicien et une comédienne.

Nous proposons une partition à trois où nos pas, nos notes et nos mots se répondent, s’offrent des résonances sur lesquelles chacun de nous rebondit. »

Ils empruntent les mots aux univers poétiques de Baudelaire, François Cheng, Colette, Diderot, l’Ecclésiaste, Olivier Lockert, Paul Valéry, Philippe Arrieus et Maroussia Vossen sous l’œil vigilent et bienveillant d ‘Anne Marie Sandrini. » 


Tout commence dans la pénombre et le musicien nous plonge dans une ambiance faite de mystère dès les premières notes. Un corps rouge spirale à genoux sur le plateau dans une douceur calme et fluide. C’est infiniment délicat et composé d’infimes mouvements, de frémissements de parcelles du corps. D’emblée, je suis touchée car nous sommes dans l’univers du sensible, et ces légères vibrations, oscillations minimales de certaines partie du corps sont troublantes car elles sont la réminiscence, le témoin du début de la vie de toute chose. Dans ce monde bruyant de sons et de mouvements en tous sens, le public plonge dans une invite à l’infiniment petit qui se déploie et  au calme, à l’écoute concentrée, détendue. La danseuse engage ses boucles ramassées  et étend sa ramure mouvante jusqu’à l’épanouissement ondoyant et tournoyant : elle tourne, à ce qui nous semble sans fin, enveloppe le mouvement et le développe perpétuellement. Son corps a compris qu’il était messager de notre infinitude, malgré nos limites bien réelles : c’est la magie de Maroussia qui nous charme.


Toujours, elle se meut, tantôt au ralenti, tantôt vive, mais toujours…

Elle joue aussi. Avec son corps, avec les notes du musicien, avec le musicien lui-même, avec les mots de la comédienne et la comédienne elle-même et eux avec elle. C’est vrai aujourd’hui, comme c’est vrai pour ses collaborations passées.


La gestuelle de Maroussia est immuable, certains diront qu’elle ne change pas de registre. Moi, je dirai qu’elle est une interprète fidèle à son Être et qu’elle est unique et simple. 
Chaque pièce s’appuie sur ce qu’elle Est et ce qu’elle cherche à transmettre avec d’autres partenaires et avec un alphabet corporel qui est le sien, qu’elle s’est forgé en écoutant le monde qui l’entoure. Elle est la seule qui renait avec excellence de la simplicité de son langage au service de ce qu’elle nous dit. Elle est poète de la danse. Elle se métamorphose à chacune de ses pièces.


Dans cette pièce, elle se fait marée, écume, remous, elle devient les éléments de manière fugace. Elle ne cherche pas à prouver quoi que ce soit… Elle transmet la continuité dans ses membres qui résonnent dans l’espace, elle se retire, s’étire et s’offre tour à tour. Plusieurs tableaux se succèdent au rythme des textes et des sons.

Elle est ondoyante.


J’ai été particulièrement captivée par un déroulement d’une marche en diagonale avec des appuis dans le sol, ancrée ; une caresse de la plante des pieds dans la terre nourricière ou dans le béton stérile, un poids primitif et puis, tout à coup, l’énergie puisée dans le sol reste suspendue tels les oiseaux qui ne battent plus des ailes mais suivent et épousent le courant.
Crédit Nicolas Villodre



Elle fait et défait, s’étire et se rétracte, sans jamais laisser mourir le mouvement, pour aller ailleurs. Elle s’enroule et se déroule. Tout danse, jusqu’au moindre orteil.

Même le bâton de pluie devient un prolongement d’elle-même et cela sonne juste.

Elle joue, très sérieusement. Elle reste une enfant avec la sagesse en plus. Elle navigue sur la vie. On aimerait voir ses jambes se déployer autant que ses bras, son buste. C’est mon envie depuis des années, mais non. Et c’est bien ainsi aussi, elle a ses raisons.

Éclosion perpétuelle, voilà qui lui ressemble bien. Elle épouse, plus qu’elle ne repousse ou contre-carre. Elle se joue des forces en douceur, les apprivoise.

La métamorphose est partout et multiple tout au long de cette pièce tout autant que dans la vie elle-même.

« Se rejoindre en avant de soi », j’ai retenu cette phrase qui lui va si bien.

Lorsqu’elle est debout, elle semble sur demi-pointes s’élançant telle une flamme vers les cieux et lors qu’elle se replie sur elle-même, son recroquevillement semble ne pas avoir de fin.

De l’infini petit à l’infini grand : un cercle vertueux, c’est elle.

Son unicité ne fait aucun doute pour celles et ceux qui connaissent Maroussia.

Et trop peu en sont conscients.


Valérie Gros-Dubois



Site de Maroussia  Vossen : https://www.maroussiavossen.wordpress.comm

Site de Catherine Perrotte : www.catherineperrotte.com

Site : de Philippe Arrieus : www.philippearrieus.fr

 Remerciements : Conservatoire de Musique de Rungis, Sophie Tonneau et Silvio Matteucci

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