La Biennale de Lyon : Annick Charlot et la Compagnie Acte

Lieu d'être / Cie Acte - Photo d'Ivan Postel-Vinay
Il s'est passé une aventure délicieuse et utopique dans un quartier de la Part-Dieu. A la base, c'est un quartier assez morne : les Halles Bocuse, on passe, pas beaucoup plus. Pourtant, l'architecte de Jean Zumbrunnen, en construisant face à face deux hautes et longues barres d’immeubles sur pilotis avec en son milieu une grande place rose, avait rêvé d'un lieu destiné à la convivialité et aux échanges et non d'un lieu déserté.
Du vendredi 24 jusqu'au jeudi 30 septembre 2010, ce rêve s'est concrétisé avec la détermination d'Annick Charlot et de la compagnie Acte. Ils ont su entrer chez l'habitant, le séduire en dansant dans son lieu de vie, le convaincre du bien fondé de leur projet qui ne pouvait voir le jour sans leur complicité.
Lieu d'être / Cie Acte - Photo d'Ivan Postel-Vinay
Les propositions de chacun ont été les bienvenues, ainsi tous se sont sentis investis dans la conception de ces cinquantes précieuses minutes du spectacle. Un des moments les plus forts pour moi, organisatrice d'événements, a été l'intervention de Marie-Jo qui vit dans une de ces barres depuis les années soixante. Dans Lieu d’être, elle chante avec deux autres habitants. C'est alors un moment de grâce suspendue, des voix d'opéra se répondent de balcon à balcon. Alors qu'au début même, on a la sensation de voix descendues du ciel nuageux , on les repère sur leur balcon sobres, magnifiques.
C'est ainsi qu'est né Lieu d'être, une pièce sur mesure, un moment magique et éphémère, qui a emporté dans son élan cinquante bénévoles amateurs engagés. Annick, ses danseurs, et son équipe, tous généreux de leur personne ont beaucoup donné et également beaucoup reçu pour cette création, où ils mettent en mouvement l'espace urbain : le Cours Lafayette, les Halles Bocuse, la place rose, les balcons, les façades...

Lieu d'être / Cie d'Acte - Photo d'Ivan Postel-Vinay
Annick Charlot et son équipe métamorphosent notre vision du réel et rend  au béton brut de ces barres d'immeubles sa beauté. En effet, derrière ces murs gris, il y a la vie, il y a des vies, des joies, des peines, des peurs, des crises, des sentiments qui ne transpirent pas. Et pourtant la magie opère, après de multiples répétitions à l'abris des regards, le temps de 8 représentations, nous sommes invités au coeur de cette épopée. La danse est présente un peu partout, sur la place centrale mais aussi dans les appartements. Cinq danseurs professionnels enjambent les façades et bravent les dangers, suspendus. De notre point de vue de spectateurs, il s'agit bien d'une fresque humaine que nous donnent à voir les danseurs amateurs qui s'animent depuis les balcons, et nous offrent des chorégraphies imaginées par eux-mêmes avec la complicité d’Annick Charlot. C'est vivant, sérieux et drôle, ça parle de la vie, des relations, de l'indifférence, de la rencontre, de tant de choses...qu'on partage aussi ailleurs dans d'autres blocs de béton qui mériteraient aussi d'être revisités par la poésie, par la danse...
Lieu d'être / Cie Acte - Photo d'Ivan Postel-Vinay
Après cette aventure, je gage que rien ne sera plus pareil pour les habitants qui ont partagé cette aventure. Souhaitons que ce projet ait construit un lien de mémoire et de convivialité indélébile et qui les amène dans le quotidien à boire un café, à demander des nouvelles, faire des courses pour quelqu'un de malade, éclater de rire ensemble ou pleurer. La danse est aussi là pour tisser des liens d'humanité et c'est ce qu'Annick Charlot a proposé aussi en Acte.

Valérie Gros-Dubois

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