Interview 5 : Christiane de Rougemont, directrice de l'école Free Dance Song > 12e édition d'Entrez dans la danse, Fête de la danse

Dans le cadre d'Entrez dans la danse, Fête de la danse qui aura lieu le dimanche 7 juin 2015, nous vous livrerons plusieurs interviews ou portraits d'artistes, danseurs, chorégraphes qui font partie de cette 12e édition.

INTERVIEW 5

"Promenons-nous à Paris, à Bercy;
Pendant qu' le public est là :
S’il n’y était pas, nous n’y serions pas !
Mais puisqu'il y est, nous y danserons !!!





-          Qui es-tu ?
«  Je suis Christiane de Rougemont, je fais de la danse depuis que j’ai  4 ans. J’ai eu la chance d’être inscrite dans une école de danse rythmique avec déjà une gestuelle qui préfigurait la danse contemporaine. Mon professeur était une élève d’Emile-Jacques DALCROZE, elle a également connu Mary WIGMAN. Cette école était déjà très en relation avec la musique, ma professeur était elle-même pianiste, elle accompagnait ses cours au piano. Nous faisions beaucoup de rythme, beaucoup d’écoute, de jeux d’imagination. C’était très libre mais avec quand même un apprentissage. »
-     

-          Que fais-tu ?
«  Je dirige actuellement une école de danse que j’ai créée en 1975, il y a donc 40 ans. J’ai créé cette école « Free Dance Song » pour répondre à ce que ressentais comme une nécessité, un manque de quelque chose, que j’avais trouvé en allant aux Etats-Unis et en travaillant avec Katherine DUNHAM. C’est une très grande personnalité du siècle dernier aux Etats-Unis : danseuse, anthropologue, écrivain et surtout militante afro-américaine. Lorsque j’ai eu la chance de travailler auprès d’elle, j’ai découvert une conception de la danse reliée à la vie intime de chacun et accessible à tous, alors qu’en France à l’époque, pour la grande majorité, la danse demeurait une pratique artistique élitiste. L’enseignement de Katherine DUNHAM conciliait la culture africaine, amenée par les esclaves africains déportés pendant plusieurs siècles sur le continent américain, avec la culture occidentale. D’après elle, les afro américains n’ont pu survivre et surmonter leur condition à travers l’évolution de l’histoire qu’en se ressourçant dans leurs cultures d’origine grâce à la danse et la musique. Ainsi des éléments fondamentaux des civilisations africaines se sont retrouvés incorporés dans les cultures américaines, y apportant une dimension extraordinairement complémentaire. Quand je suis revenue dans les années 1960, J’ai voulu transmettre ce qui me semblait essentiel pour tout être humain dans cet enseignement, et encore plus pour nous, danseurs, car je ressentais que notre formation technique et artistique était tout à fait incomplète du fait de l’ignorance de ces traditions.  . Maintenant, en 2015, tout le monde a pu observer diverses formes de danses qui viennent du monde entier. Le monde chorégraphique en Afrique, en particulier, intègre la danse contemporaine avec une créativité et une diversité extraordinaire. Ce n’est plus quelque chose de nouveau mais ça reste quelque chose de très fort, complémentaire et enrichissant.  A l’école « Free Dance Song », Elsa Wolliaston a été la première à donner des cours de danse africaine, l’objectif principal étant d’appréhender  ces deux univers, qui s’enrichissent mutuellement. Puis, ce que j’ai vécu au Etats-Unis m’a également permis de danser librement et sans aprioris  par rapport à ce que j’étais où donnait à voir aux autres. Tout cela était vraiment une révélation, c’était non seulement nouveau mais aussi vital de pouvoir me dire que j’avais le droit d’être moi-même. Ce n’était pas évident ici à l’époque, à cause de notre éducation et nos aprioris culturels. Ce sont les musiciens de free jazz qui m’ont donné envie de  m’engager dans cette voie car j’ai réalisé que si cet esprit était applicable à la musique il pouvait l’être à la danse. L’improvisation informelle a été une découverte : après de nombreuses années d’étude de danse et d’engagement chorégraphique en tant qu’interprète, j’ai eu envie d’exprimer mon ressenti de l’instant comme je le voulais. J’ai aussi  animé des ateliers d’improvisation  dans lesquels des musiciens venaient accompagner les danseurs, avant de créer une école. »

- Et comment vois-tu l’avenir, le tien et celui du spectacle vivant ?

« Je suis assez retirée dans mon univers pédagogique, je développe l’école et la notion de danse thérapeutique qui prend de plus en plus d’importance et qui est reliée à ce que j’ai reçu auprès de Katherine Dunham. Il me semble que le foisonnement de créativité qui a commencé il y a une vingtaine d’année est intéressant et la danse contemporaine, qui était devenu trop conventionnelle, éclate grâce à l’ajout par chaque danseur de son propre langage. Les choses se sont déroulées comme je l’espérais c’est-à-dire que le virus s’est semé. A l’époque où j’ai commencé à danser, les danseurs étaient considérés comme des personnes à part dans tous les milieux. Le grand mouvement de danse contemporaine en France a remué les gens et plus d’initiatives et d’énergie émanent des chorégraphes. La politique culturelle a également favorisé les rencontres chorégraphiques et donc la diversité. »

Propos recueillis par Ambre Deschamps, Assistante de production



Retrouvez toute la programmation d'Entrez dans la danse,  fête de la danse sur http://entrezdansladanse.fr/wp/programmation-2015/

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