Marco Polo, fresque réssie : Marie Pietragalla et Julien Derouault

Samedi dernier, 20 novembre 2010, me voici au Théâtre de Rueil-Malmaison afin de découvrir le dernier ballet de Marie-Claude Pietragalla : Marco Polo. Et je peux dire que cela m'a fait le plus grand bien !
Précurseur de Christophe Colomb et Vasco de Gama, toute sa vie durant, Marco Polo, en grand aventurier du monde, a œuvré pour la découverte de nouvelles terres. Amoureux de l'Asie, il incarne un symbole d'ouverture à la diversité culturelle. Et plus que jamais aujourd'hui, c'est un enjeu sociétal.

Pour cette création, Marie Pietragalla s'est inspirée des traversées maritimes de cet extraordinaire navigateur, et avec Julien Derouault, ils ont pris apparemment un immense plaisir à  utiliser la mixité des genres. Nous participons à un voyage initiatique où réel et imaginaire, passé et présent vont et viennent. C'est alors que nous sommes invités à accompagner l'explorateur dans son cheminement naviguant au fil des vagues musicales et chorégraphiques : nous voguons nous aussi dans les univers classique et contemporains, traditionnels et modernes : opéra, hip-hop et arts martiaux apportent dans ce ballet aventureux lui-même, d'un autre temps, une dimension ancestrale et tellement actuelle . L'art numérique, le registre d'inspiration manga animée viennent servir cette modernité. 20 interprètes talentueux investissent ce navire aux milles surprises, commandé par son capitaine blessé et sa dame blanche.
En effet, un homme couvert de bandelettes revient à lui. Il est habité par le visage d'une femme, qu'il va suivre pour se retrouver lui-même. Elle l'entraîne dans le monde de l'eau et du bois, dans celui de la terre, du feu et de l'air.
La poétique de cette création n'échappe à personne dans la salle, car elle est au centre de cette aventure chorégraphique et la technique exceptionnelle des danseurs servent ce spectacle où l'on trouve peu à redire. Cette oeuvre est également portée par trois chanteurs dont l'exceptionnel Iranien Salar Aghili et là encore, pari réussi, nous sommes transportés.
Sur la vingtaine de danseurs, dix sont des hip-hopeurs enflammés qui rencontrent ici pour la première fois une discipline de groupe. J'en connais personnellement deux, dont AragoRn Boulanger qui m'a littéralement subjugué. Pietragalla les utilise comme un corps de ballet : et il est vrai que l'on ne peut qu'admirer "leur dextérité à passer d'un monde à l'autre. Esprits des eaux, ils ondulent des bras et du buste. Peuple de la terre, ils se livrent sur le cercle à des rituels ancestraux où les pieds frappent le sol et les corps bondissent. Démons du feu, ils se défient. Esprits de l'air, ils marchent à toute allure dans des costumes argentés décorés de lumières bleues. " Le Figaro 2009
Marie Pietragalla et Julien Derouault ont su également leur laisser un espace à eux dans les mouvements d'ensemble dans lesquels ils s'expriment parfaitement. Il y a une fougue de danser communicative.

Julien Derouault, interprète de Marco Polo, s'investit totalement dans son personnage donnant la sensation qu'il EST Marco Polo. Ce danseur exceptionnel a une vitalité troublante et ne ménage pas son corps de danseur. Il pénètre tous les langages de la danse avec la même aisance. Il nous fait passer par des sensations diverses de l'élégance, la beauté la plus pure, à l'animalité que fait naître les situations extrêmes.

Seul petit bémol qui n'engage que moi, Marie Pietragalla nous a habitué à tant d'excellence plus, plus, qu'elle semble ici se contenter de ses acquis, de la beauté de ses apparitions, superbes d'ailleurs,  jeux de drapés,  mais, me concernant, je m'attendais à plus d'émotions, et de richesses gestuelles. Il n'en reste pas moins que j'étais sous le charme.
Valérie Gros-Dubois

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