Interview 7 : Jean-Christophe Bleton de la compagnie Les Orpailleurs > 12e édition d'Entrez dans la danse, Fête de la danse

Dans le cadre d'Entrez dans la danse, Fête de la danse qui aura lieu le dimanche 7 juin 2015, nous vous livrerons plusieurs interviews ou portraits d'artistes, danseurs, chorégraphes qui font partie de cette 12e édition.

INTERVIEW 7

"Promenons-nous à Paris, à Bercy;
Pendant qu' le public est là :
S’il n’y était pas, nous n’y serions pas !
Mais puisqu'il y est, nous y danserons !!!


Jean-Christophe Bleton



- Qui es-tu ?

« Je suis chorégraphe, issu d’un courant de danse contemporaine qui est à la fois allemand et américain. J’ai été formé en danse contemporaine par une première chorégraphe qui s’appelait Karine Waehner, décédée il y a une dizaine d’année. Elle venait de l’école Mary Wigman. Ma deuxième influence artistique vient de l’école Nikolais, à travers Carolyn Carlson et Le Four Solaire, compagnie dans laquelle j’ai été de nombreuses années. J’ai également été danseur dans la compagnie de Carolyn Carlson il y a presque 30 ans maintenant. Ces deux influences ont été très importantes, et en particulier par rapport au travail que je fais aujourd’hui. Ces deux chorégraphes, ces deux personnes, sont profondément humanistes et très axées sur une idée de la transmission de la danse. C’est une voie dans laquelle je me suis beaucoup investi, impliqué tout au long de l’histoire de la compagnie. La compagnie que je dirige s’appelle les Orpailleurs, c’est une compagnie qui existe depuis les années 1990. J’ai derrière moi, je pense, une bonne trentaine de spectacles. Des spectacles pour les plateaux mais aussi des spectacles pour l’extérieur. Des spectacles avec des professionnels, mais aussi un certain nombre de spectacles avec amateurs et professionnels mélangés. L’idée de la transmission, cette idée du compagnonnage entre l’amateur et le professionnel est une chose qui me tient à cœur depuis longtemps. Il y a un côté pionnier de proposer et d’offrir la danse à des gens qui ne la connaissent pas. C’est une rencontre que j’adore. Les premiers ateliers où les gens n’ont jamais fait de danse et d’un seul coup, au bout de quelques heures ils ont l’impression qu’ils sont capables d’être danseurs… Ces moments là comptent beaucoup pour moi… »

- Que fais-tu ?

« Je fais des spectacles. Monter des spectacles, c’est quand même la première chose qui guide ma vie. Je suis aussi quelqu'un de très investi dans un travail d’enseignement et de pédagogie. Autour d’une pratique qui serait une pratique ouverte à tous et particulièrement avec le monde de l’école. J’ai depuis très longtemps été investi dans le réseau national de danse à l’école. J’en été un des militants pendant un certain nombre d’années. J’ai été expert national pour la danse à l’école. J’ai également dirigé pendant une saison Danse au Cœur qui était le pôle national de ressources pour la danse à l’école. D’ailleurs, c’est un pôle qui a disparu, ce qui est vraiment dommage. Je travaille aussi en direction de publics très variés, différents, que ce soit à l’université ou à l’hôpital. J’ai travaillé pendant un certain nombre d’années dans un hôpital auprès de public empêchés, handicapés, et en particulier pendant cinq ans avec des personnes cérébraux lésés. Actuellement, je travaille sur des projets avec des enfants, des personnes âgées. J’interviens aussi et assez régulièrement dans un hôpital pour de la formation. J’y fais des ateliers pour des personnes qui préparent un diplôme universitaire de pratiques psycho corporelles.
Je fais des choses plutôt diverses et variées. Cette année, je suis sur plusieurs projets qui mélangent des danseurs amateurs et des danseurs professionnels, notamment le projet pour Mouvance d’Arts, qui se fait avec une trentaine de participants. Il rassemble des gens qui me suivent depuis plusieurs années, pour certains parfois pas loin de 10 ans, et font régulièrement des projets avec moi, auxquels s’ajoutent des personnes nouvelles. La particularité du projet pour Mouvance d’Arts est qu’il est intergénérationnel. Il y a dans ce projet des enfants, des adolescents et des adultes. C’est une chose qui compte pour moi car la danse est une pratique qui concerne tout le monde, à tous les niveaux et à tout âge, qu’importe le potentiel de chacun.
J’ai un autre projet du côté de Bourges dans une abbaye où je travaille avec des personnes âgées dont certaines qui sont très âgées. Il y a également avec elles, des enfants et des adolescents mélangés ainsi que des artistes de la compagnie qui sont danseurs, artistes de cirque.
Le projet pour Mouvance d’arts est un projet que je coécris avec une amie, Laurence Bertagnol danseuse et chorégraphe. Elle a très longtemps collaboré à la compagnie en tant que danseuse et depuis quelques années, nous faisons ensemble des projets pédagogiques et créatifs. Le projet que l’on a  coécrit ensemble se nomme « Sur l’air du temps ». Il sera présenté le 7 juin. 

- Et comment vois-tu l’avenir, le tien et celui du spectacle vivant ?

« Je trouve que l’avenir de la danse est à la fois extrêmement riche et il y a un potentiel très important et sombre. Il y a beaucoup de jeunes qui travaillent, qui ont du talent et qui ont vraiment des choses à faire, à dire, à partager, dans cet art profondément humaniste je trouve. C’est un art qui pourrait faire en sorte que ce monde soit mieux partagé, plus équilibré. L’avenir de la danse il est là, il est possible... La danse est présente partout. Elle est présente dans les pubs, la rue, les théâtres et plein d’autres choses. Il y a également beaucoup d’artistes dans d’autres disciplines qui collaborent avec des danseurs. Après, je suis inquiet et je ne suis pas le seul. Inquiet sur les moyens donnés à la culture aujourd’hui par notre pays et par les politiques qui nous dirigent. On est dans une situation extrêmement grave. Il y a comme une espèce de non conscience de ce qui est en train de se passer. On renvoie les responsabilités aux uns et aux autres. L’état renvoie les responsabilités aux collectivités tout en leur supprimant beaucoup d’argent. Ils donnent aux collectivités territoriales, des responsabilités en disant que c’est à eux de prendre en charge l’art mais dans le même temps, ils réduisent les budgets à tous les niveaux. Donc, je suis extrêmement inquiet sur l’avenir de la culture en France et je pense que l’exception culturelle française qui a fait cette réputation extraordinaire est en grand danger. L’état tout en disant le contraire, se désengage…

L’histoire de la compagnie là-dedans, elle est déjà ancienne. Je dirais qu’elle est menacée. Moi, je  ne suis pas un jeune danseur ou chorégraphe qui démarre dans le milieu mais aujourd’hui, pour ceux qui débutent, je suis vraiment inquiet. Le gros de ce que j’ai à faire et de ce que j’ai fait est derrière moi. Je peux continuer à faire des choses... J’ai toujours des envies, le désir de continuer de créer, de faire des projets artistiques mais je suis extrêmement inquiet par rapport à la situation française pour la culture. »


Propos recueillis par Maxime Ngia, Assistant de production et de communication



Retrouvez toute la programmation d'Entrez dans la danse,  fête de la danse sur http://entrezdansladanse.fr/wp/programmation-2015/

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